N°05 · Journal
Du champ à la manufacture
Une journée avec nos planteurs et nos préparateurs - ce qui se passe vraiment entre la récolte et le mélange.

Il est six heures du matin, quelque part entre Payerne et Estavayer. Le soleil est encore rasant sur les champs, le sol est frais. Markus, notre plus ancien planteur partenaire, descend une rangée, palpe des feuilles entre pouce et index. Aujourd'hui on récolte - mais pas tout. Seules les feuilles qui sont mûres aujourd'hui.
1. Priming, pas stalk-cut
Nos planteurs travaillent presque exclusivement par priming : sur trois à cinq semaines, on ne cueille par plante que les feuilles qui ont atteint leur maturité optimale. C'est plus exigeant que le stalk-cut américain, où l'on abat la plante entière en une fois. Mais c'est la seule méthode qui permet à chaque feuille d'atteindre son optimum.
2. Le hangar de séchage
En quelques heures, les feuilles pendent dans le hangar ouvert. Le Burley est séché à l'air - pas de feu, pas de fumée, seulement le vent qui passe et la température du tardif été suisse. Sur 6 à 8 semaines, les feuilles glissent du vert pâle à l'or chaud du tabac, puis au brun châtaigne.
3. Conditionnement
La feuille sèche est fragile. Avant toute transformation, nous la ramenons à 12-14 % d'humidité résiduelle dans notre chambre d'humidification - assez pour la trier et l'empiler sans la casser.
4. Premier tri : par position
Chaque feuille reçoit une position sur la tige :
- Lugs (basses) : douces, légères, idéales pour équilibrer un mélange.
- Cutters / leaf (milieu) : cœur du mélange, rondes, aromatiques.
- Tips (hautes) : intenses, épicées, riches en nicotine.
5. Fermentation
Les feuilles triées partent en piles - chez nous 12 à 36 mois. Ce qu'il s'y passe est décrit dans pourquoi la fermentation compte plus que la technique.
6. Écôtage
La nervure centrale brûle différemment du limbe, n'a pas le même goût et altère la sensation en bouche. On la retire à la main ou mécaniquement - chez nous uniquement après la fermentation, pour que la feuille reste souple.
7. Second tri : par qualité
Maintenant l'œil tranche : couleur, texture, déchirures, taches. Seuls 60 à 70 % d'une pile atteignent la qualité manufacture. Le reste est utilisé ailleurs, simplement pas dans nos mélanges signature.
8. Le mélange (blending)
Ici le tabac passe de matière première à produit. Différentes variétés, positions et millésimes sont réunis dans des proportions précises. Un bon mélange ne goûte pas ses composants - il goûte ce que tous ensemble produisent de neuf.
9. Repos du mélange
Les mélanges finis se reposent encore - 3 à 6 mois en général - avant d'être conditionnés. Les arômes doivent s'habituer les uns aux autres.
Un bon mélange est comme un bon mariage : au début on remarque les manies, à la fin il ne reste que l'harmonie.
Ce qui reste à la fin
De la coupe au champ à la première boîte remplie, il s'écoule chez nous au moins 18 - souvent 36 - mois. C'est anti-économique à l'échelle industrielle. Et c'est la seule manière de montrer le tabac suisse tel qu'il est.