N°06 · Journal

Broye - le cœur du tabac suisse

Trois quarts du tabac suisse poussent ici. Approche d'un paysage qui se cache presque.

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Vue aérienne de la vallée de la Broye avec champs de tabac et méandre

Qui prend le train de Lausanne à Berne traverse la Broye en douze minutes et la voit rarement. Plate, verte, calme - un paysage qui ne s'impose pas. Et pourtant, entre Payerne, Estavayer-le-Lac et Avenches, environ trois quarts du tabac suisse poussent ici. Qui veut comprendre sérieusement le tabac suisse doit aller dans la Broye.

Pourquoi ici précisément ?

La réponse est dans le sol. La Broye est une ancienne zone marécageuse asséchée au XIXᵉ siècle par la Correction des eaux du Jura. Ce qui en reste est un mélange rare de limon profond sur molasse, parsemé de sable fin - des sols qui retiennent l'eau sans s'embourber. Exactement ce dont la plante de tabac a besoin sous un climat tempéré-frais.

S'y ajoutent trois avantages microclimatiques :

  • Les lacs de Neuchâtel et de Morat jouent le rôle de tampon thermique et adoucissent les gels tardifs.
  • Le Jura à l'ouest freine les vents atlantiques humides - la Broye est en ombre pluviométrique.
  • Les nuits d'été sont fraîches - décisives pour la concentration des composés aromatiques.

Les planteurs

Il y a aujourd'hui moins de 80 planteurs de tabac actifs dans la Broye. La plupart exploitent des fermes familiales de deuxième ou troisième génération, souvent avec 1 à 3 hectares de tabac à côté de la betterave, du blé et du maïs. Le tabac n'est pas une monoculture - et c'est sa force. La rotation avec des plantes sarclées maintient le sol vivant et réduit la pression sanitaire sans chimie.

La région est coordonnée par la SOTA (Société de Tabac), coopérative qui organise semences, garanties d'achat et contrôle qualité. Un modèle largement unique en Europe.

La variété : le Burley règne

Plus de 80 % de la production de la Broye sont aujourd'hui du Burley. Cette variété claire, séchée à l'air, se sent chez elle sur les sols limoneux : racines profondes qui trouvent l'eau, nuits fraîches qui freinent la production de sucre et orientent l'arôme vers le savoureux, le noisette. À côté poussent en plus petites quantités du Virginia et, occasionnellement, du Maryland pour le Stumpen.

Le Burley de la Broye n'a pas le goût du Burley du Kentucky - plus calme, plus frais, moins boisé. C'est un accent nord-européen dans une variété qu'on pense d'ordinaire au sud.

Les hangars de séchage

Qui traverse la Broye en septembre les voit partout : longs hangars de bois étroits aux lattes mobiles, ouvertes ou fermées selon la météo. Ces séchoirs sont le symbole le plus visible de la région. Beaucoup ont plus de cent ans, certains sont classés. Ils fonctionnent comme il y a 150 ans : vent, patience, bon timing.

Ce que la Broye nous apprend

La Broye est une leçon sur ce que le terroir veut vraiment dire. Ce n'est pas que la géologie. C'est la somme du sol, du climat, du choix variétal, du savoir-faire et de personnes qui savent ce qu'elles font - et savent quand ne rien faire.

Quand vous goûtez la part dominante de Burley suisse dans un de nos mélanges, vous goûtez ce paysage. Le limon, le vent, la patience des planteurs. Pour aller plus loin : Terroir suisse et Burley de Suisse.